MESSAGE     DU    ROUSSILLON

 

 

Message du Roussillon,

Région pleine de lumière

Où grâce à ses rayons,

Chaque jour le soleil m’éclaire.

 

Il réchauffe mon âme déchirée,

Blessée depuis quatre ans

Par le départ prématuré

De mon deuxième enfant.

 

Ici, grâce aux longues journées,

Pleines d’une douce chaleur,

Je suis bien plus motivée

Pour écouter frapper le bonheur.

 

Grâce à mes petits enfants

Et à ma  fille en même temps,

Il a franchi les portes de mon cœur

Et atténué ma si grande douleur.

 

En écoutant souffler le vent

Que le soleil, délicatement caresse,

Je pense en l’entendant

Qu’il souffle une immense richesse.

 

          Le soleil et le vent

           C’est la vie

          Et en ce moment

               Je  revis

 

                                                            Marie- Jo Ribot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA PLUIE

 

 

 

« Ö doux bruit de la pluie

Pour un cœur qui s’ennuie ! »

 

Pour qui sait l’écouter

La pluie chante de magiques mélodies.

Qu’elle tombe à verse ou à torrents

Elle métamorphose le paysage

Giboulées de mars drues et glissantes,

Striée d’éclairs en plein été, toujours

La pluie pour la nature est bienfaisante.

 

Sous la puissance des vents,

Elle termine sa course à terre

Souvent fait déborder les rivières,

Et gorge la terre de ses flots.

 

 

Pluie incessante de novembre

Tu sais imposer le silence.

En hiver tu recouvres la terre

D’un manteau blanc

Sous la froidure des vents.

 

Gouttes de tendresse, tu rends couleur

A toutes les fleurs.

La tempête apaisée,

L’eau perle sur les feuillages.

 

Manne céleste, rien ne vivrait sans toi !

Mais ne dit-on pas qu’après la pluie

Vient le beau temps !

 

Ernestine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            FORETS

 

 

Forêts silencieuses, aimable solitude,

Que j’aime à parcourir vos ombrages ignorés !

Dans vos sombres détours en rêvant, égarée

J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude.

 

 

Prestige de mon cœur, je crois voir s’exhaler

Des arbres, des gazons,  une douce tristesse.

Cette onde que j’entends murmurer avec mollesse

Dans les fonds des bois, semble encore m’appeler.

 

Que ne puis-je heureuse, passer ma vie entière

Loin des hommes, près de ces ruisseaux,

Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,

Qu’ignorée je sommeille à l’ombre des ormeaux.

 

Tout parle, tout me plait, sous ces voûtes tranquilles !

Forêts, dans vos abris, gardez mes vœux offerts !

A quel amour jamais serez-vous aussi chères ?

D’autres vous rediront des amours étrangères,

Moi de vos charmes seuls, j’entretiens mes désirs.

 

Ernestine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CADEAU

 

 

Le jour de la fête des Mères approche. On s’appelle les uns les autres, on s’interroge, on pense à toi. Une idée ? Un cadeau ? Qu’en dis-tu ? Qu’a-t-elle dit ? ….

De questions, de réponses et d’idées naissent un cadeau.

Cette année, le voilà, bien menu dans sa petite enveloppe, mais qui veut dire tellement d’amour à te donner !

Le plus beau cadeau qu’on aurait voulu t’offrir, au bout du monde on irait le chercher :

« S’il vous plaît, des jambes pour notre maman nous voudrions, pour qu’elle ait envie à nouveau d’ouvrir sa porte sur le soleil, la nature, les oiseaux, sur la Vie ; la Vie qui au-dehors l’appelle tous les jours, pour qu’elle n’ait plus envie d’un linceul comme cadeau.

Mais.. . des jambes, nulle part nous en avons trouvées. »

Un fauteuil roulant on a même évoqué, mais quand on pensait «  vie », c’est «  mort »  que toi tu as imaginé; alors simplement voilà un prospectus pour te le montrer, celui qui des ténèbres te ferait émerger et pour un prix modique,  puisque tout remboursé.

De toutes nos recherches, de toutes nos pensées, une femme de ménage fut notre dernière idée,

Pour que sur la poussière tu ne puisses t’arrêter et que ton esprit soulagé enfin puisse s’évader et rêver de ce qui pourrait être, si tu te décidais à ouvrir grand tes yeux sur la vie, sa beauté.

 

Le cœur de tes enfants est uni dans cette lettre pour te dire, aujourd’hui, comme lorsque nous étions petits, nous t'aimons tous très fort,  maman chérie.

 

Marilyne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EUX, ELLES ET MOI

 

 

Les spectateurs devant la scène

Envoient leurs moqueries obscènes

Comme autant de billes à rouler

Vers cette quille fragilisée…

 

Elle peine, je marche à ses côtés,

J’entends les rires de ces niais

Pour une démarche incongrue

Les pas d’une danse inconnue…

 

Pour eux ? une poupée cassée

Pour elle ? une enfant gênée

Pour moi ? une petite fée

 

Qui a troqué sa maladresse

Contre un monde de gentillesse

Qui s’est forgé une forteresse

Pour se moquer de leur détresse

Et rêver d’être une princesse…

 

Pas de vitesse de guépard

Tant pis si elle est en retard

Elle se moque de leurs regards

N’a plus besoin de leurs égards

Pour elle, c’est devenu un art.

 

Et puis,

Devant sa gêne combattue

Même ma colère contenue

Vient enfin s’avouer vaincue

Et m’apparaît comme superflue.

 

Alors,

Derrière ses pas qui vacillent

Soudain je me vois qui sautille

Et puis mon chagrin s’éparpille

Comme s’il n’était que pacotille.

 

Et riches de nos deux cœurs complices

Bien loin de tous leurs précipices

A l’abri dans notre édifice

On allume un feu d’artifice

Pour ma petite Impératrice.

 

Clara

Pour sa sœur Mélissa Hocquart

 

 

A MES AMIS

 

 

A vous tous, chers amis

Qui avez apprécié ma poésie,

Atteints ou non de la même maladie,

Je viens vous dire un grand merci.

 

Merci pour ces quelques instants

Où vous m’avez privilégié,

Merci pour ce petit moment

Où j’ai eu pour moi votre pensée.

 

Quand le cœur est malheureux,

Il a du mal à s’ouvrir.

J’ai pensé qu’il valait mieux,

Le laisser parler pour moins souffrir.

 

Marie-Jo  Ribot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES SAISONS

 

L’hiver vient de partir

Sur la pointe des pieds,

Il a du mal à voir souffrir

Ces paysages dépouillés.

 

IL a hâte que le printemps revienne

Pour réparer ses méfaits.

Avec sa force magicienne

Il est aussi adroit qu’une fée.

 

Avec sa merveilleuse chaleur

Il réveillera la nature

En la caressant avec douceur

Pour que se préparent les cultures.

 

Puis quand toute la nature

Aura sereinement retrouvé la vie,

Emerveillé par les couleurs pures,

Qu’auront prises tous ces beaux fruits,

 

Il s’en ira, à son tour rassuré,

Laissant à l’été le soin de les faire mûrir,

Pour que nous puissions en profiter

Quand nous irons les cueillir.

 

Après nous avoir donné tous ces plaisirs

Il s’en ira, plein d’espérance,

Sachant que l’automne va venir

Pour finir de préparer les semences.

 

Rouges et mordorées sont ses couleurs,

Couleurs chaudes, couleurs de fête,

Qui nous donnent du baume au cœur

Pour mieux affronter les tempêtes.

 

Ces tempêtes que l’hiver va nous ramener

Quand il reviendra avec ses frimas

Quand il remontrera le bout de son nez

Quand il nous resservira son grand froid.

 

Il balaiera le paysage

Pour à nouveau le ternir

Et pouvoir crier avec rage

Printemps ! tu peux venir !

 

Marie-Jo R.

 

 

 

 

DESERT

 

Désert de sable brun

Désert où l’on ne bâtira rien

Désert de dunes marcheuses

Désert silencieux

Désert actif

Désert brillant et chaud.

 

Je prends ma serviette et ma réserve d’eau

Car je veux bâtir, là-bas, au loin.

 

Cyril (  9 ans )

 

 

 

 

           LE JARDIN

 

Voulez-vous mieux l’orner, imiter la nature ?

Elle est naïve et parée des plus riches couleurs.

Hâtez-vous ! vos jardins réclament des fleurs.

Fleurs charmantes ! par vous la nature est belle !

Dans ses brillants travaux, vos dons sont chaque jour

Offerts par amitié, hasardés par amour.

 

Que veux-tu, chère fleurette ?

Aimable et charmant souvenir

A demi-morte, à demi coquette

Jusqu’à moi je t’ai fait venir.

 

Sous cette cache enveloppée

Tu viens de faire un long chemin.

Qu’as-tu vu ? que t’a dit la main

Qui sur le buisson t’a coupée ?

 

N’es-tu qu’une herbe desséchée

Qui vient d’achever de mourir

Ou ton sein prêt à refleurir

Renferme t-il une pensée ?

 

Ta fleur a la blancheur

De la désolante innocence

Mais de la craintive espérance

Ta feuille porte la couleur.

 

Ernestine

 

 

                        SOUVENIR

 

 

      Debout bien avant l’aube, au seuil de mon jardin,

Je cherche à découvrir la vie animale et végétale qui m’entoure.

     

      Un lapin s’avance à petits bonds successifs et cabriole,

dressant l’oreille, prêt à détaler au moindre bruit suspect.

 

      Un merle sautillant avale une multitude de minuscules larves,

mouches et insectes.

 

     Souris et campagnols sortent de leurs terriers,

cherchant une future récolte pour les mois d’hiver.

 

     C’est la fin du crépuscule. Un filet de lumière cerne

le rideau de brume. Après le calme de la nuit, un vent léger

agite les branches, signe avant-coureur du lever du jour.

 

     Dans les massifs, la lumière joue avec les pétales refermés

pour le repos nocturne. La rosée du matin fait miroiter

de brillantes lueurs. Déjà quelques boutons penchés se redressent

lentement, prêts à s’épanouir sous la caresse des rayons de soleil.

 

    Jardin de rêve ! Ô jardin tant aimé ! Combien je voudrais venir

vers toi, gratter le sol comme autrefois, découvrir une plantule ici,

une pousse là, progéniture d’une graine oubliée, messagère du

renouveau !

 

    Au loin l’activité reprend ses droits, la vie avec ses tracas, ses désirs,

Ses joies et ses tourments après la trêve nocturne.

 

    Chaque jour un éternel recommencement !

 

                        Ernestine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                        

                         LIBRE !

 

Je regarde un oiseau s’envoler vers le ciel.

Comme lui j’aimerais posséder des ailes

      Pour partir dans les nuages

Et contempler de là-haut les verdoyants pâturages

   Parcourir les espaces grandioses

Avec tout ce qui vole, minuscule ou géant

 Libre d’apesanteur, emportée par le vent

Monter vers le soleil, éblouie en extase

Avec le sentiment de liberté conquise

   Et aborder enfin le terre promise.

 

                     Ernestine

 

 

 

 

 

                  UNE ROSE M’A DIT

 

 Une rose m’a dit : «  Ma vie ici est de courte durée ;

 Mon charme est certain et vives sont mes couleurs.

 Je fais rêver les humains ;

 J’entoure leurs âmes de mon divin parfum,

 Au pouvoir séducteur.

 « Suis-je aussi belle que les autres fleurs ?

 Peut-être que demain je serai fanée. »

 J'avais devant moi tant de beauté,

 Tant de grâce,  que mes yeux en étaient rêveurs.

« Oh oui ! belle, splendide rose,

 Tu es la reine des fleurs

 Et tant pis si ta vie est si éphémère,

 Ton souvenir restera dans mon cœur. »

 

                     Ernestine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eos lentement

Paraît sur ses chevaux d’or

Annonçant Hélios.

 

La nuit doucement

Monte depuis la vallée

Annonçant Séléné.

 

Longue, longue nuit

Hypnos me retire ses bras.

Calme-toi mon corps !

 

L’hirondelle venue,

Ouvre tout grand tes quinquets !

Vois, tout est beauté !

 

L.P

 

 

 

 

 

 

 

LE PAPILLON

 

Dans la campagne claire et pure,

Erre un joli papillon blanc

Qui s’en va, voletant, tremblant

Visiter les brins de verdure.

 

Il voyage dans la nature ;

Il frissonne parfois au vent

Et j’aurais peur en le touchant

De lui faire quelque blessure.

 

Et le beau papillon s’efface :

Il ne reste dans mon esprit

Que le souvenir de la trace

 

Qu’il brodait sur tout son passage.

Un autre que moi l’aura pris.

Je n’en garderai qu’une image.

 

Michel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VIE

1                                      2

La vie est belle,              La vie est saine,

Comme un bouquet.       Comme un cadeau,

Une étincelle,                  Petite reine

La  caravelle                   A fraîche haleine,

Au bord du quai.             Brillant jet d’eau

Vastes clairières,             Qui éclabousse.

Jets de fougères               Odeur de mousse,

Dans le bouquet.              Léger fardeau.

 

3                                     4

La vie est pure,                La vie est brève,

Vol d’un bourdon.           Le jour est court.

Léger murmure,               La nuit s’achève

Sereine cure,                    Avec le rêve.

Brûlant brandon.              L’été accourt

Vives vacances                Et vient l’automne

Plaisirs de danses             Qui abandonne

Fol abandon.                    Bientôt son cours.

 

5

Vis sans attendre,

Choisis l’instant,

Cruel ou tendre,

Il faut le prendre.

La vie n’attend.

Bois à sa coupe

Le vent en poupe

Et meurt content.

 

Michel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                        LA MARCHE  DU  TEMPS

               1                                                                  2

La marche du temps                                                                 Il prend, implacable,

Qui s’élance                                                                             Ma santé,

Et s’enfuit. Attends.                                                                                   Me ronge et m’accable,

Espérance.                                                                               Sombre été.

 

Une heure s’envole,                                                                                  Le passé m’obsède,

Disparaît,                                                                                 Souvenir.

Inutile ou folle,                                                                          La foi me possède,

Vain regret.                                                                              Oui, guérir.

 

Plus de vingt-cinq ans                                                                                    Et revivre encore

En arrière.                                                                                Pour sentir

Souvenirs gisants                                                                                      L’air pur de l’aurore

En poussière.                                                                            Et partir,

 

Hier la jeunesse                                                                                                Vers des joies nouvelles

M’embrasait.                                                                            Du matin,

L’aimable paresse                                                                                    Les heures plus belles

Me plaisait.                                                                              D’un destin.

 

Aujourd’hui le mal                                                                                           Qui fasse renaître

Me terrasse,                                                                             Un amour,

Avide, fatal                                                                               Comme une fenêtre

Et tenace.                                                                                 Fait le jour.

 

                                                                        Michel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                METAPHORE

 

 

Sept trolls avec beaucoup d’enthousiasme,

Prirent la décision de faire une randonnée,

Sur les plus beaux sites de la Scandinavie.

 

Au cours du chemin, l’un d’entre eux,

Encore trop sensibilisé par un autre vécu,

Avait alourdi deux fois plus son sac à dos.

 

L’un des trolls qui faisait virevolter

Sa casquette de clochettes multicolores,

Naturellement tint ces propos :

«  Comme il est merveilleux d’être là,

 Hier, déjà n’existe plus. »

 

Un autre troll, très affamé, tête baissée,

Se mit à la recherche de fruits des bois,

De pommes, de noix et bien d’autres.

 

Après en avoir dégusté pleinement,

Il eut envie de proposer une part

De son dessert.

 

Il fallait cependant qu’il émane un ton

De voix très élevé,

Car le troll avait pris de l’avance.

 

Avec persévérance, il réussit à s’en

Approcher et lui offrit sa cueillette.

A sa grande stupéfaction, le troll

Tout rayonnant, lui dit :

 

«  J’ai tout vu, tout entendu, très ressenti,

J’ai goûté, j’ai senti, je n’ai plus faim. »

 

                           Agnès Leclercq

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UN CARROSSE POUR RENAITRE

 

Sur mes malheureuses « gambettes »,

J’allais, oh ! combien incertaine,

Appuyée sur mes «  canadiennes »,

Humer le vent sans odeur,

Chérir la fleur sans éclat,

Agoniser sur le petit sentier

Que plus rien ne me permettait

D’apprécier.

 

Mes genoux trop usés,

A qui j’imposais tant de souffrance,

M’ont implorée, refusant d’avancer.

Alors je me suis murée

Dans ma dignité,

Cloîtrée dans ma maison

Que je refusais de quitter.

Le vide se faisant,

Le mal devenait roi,

Trop heureux de dévorer sa proie.

 

C’est alors qu’une lumière jaillit,

Brisant le mur de ma dignité.

Mes yeux se sont ouverts

Sur une nouvelle façon d’exister.

Et mon carrosse s’est avancé.

Pour mieux s’apprivoiser

C’est à la roseraie

Que nous partons flâner.

 

Quelle merveille !…

Comment avoir refusé tant de beauté ?

Une légère brise me caresse doucement le visage.

Les roses se laissent discrètement admirer.

Leur parfum embaume l’atmosphère.

J’en emplis tout mon être,

Et me laisse doucement porter

Comme dans un rêve

Par mon carrosse enchanté.

Lui et moi ne faisons qu’un.

C’est mon cocon. C’est ma résurrection. C’est ma liberté.

 

Huguette P.

 

 

Persévérance, endurance, patience, sagesse,

Qui  nous anime les uns &  les autres,

À chercher, rechercher, essayer, faire et refaire,

Satisfaits un jour, et l'autre, recommencer,

Sourire complice avec nos histoires, nos filons, nos trouvailles, nos solutions.

 

Quels chemins nous entraînent au fil des temps ?

Nous avançons tranquillement, solidement vers nos possibles.

Et voilà les résultats qui viennent: mettre des mots, et de la réalité sur nos questions,

Nos gènes se mettent au jour, l'horizon s'éclaircit pour la descendance.

N'est-ce pas cela qui va pouvoir progressivement nous souffler

Plus de tranquillité intérieure, pour ceux dont les enfants questionnent

Attendant encore autre chose, de plus évident ?

 

Vous n'avez pas attendu tout cela pour leur signifier, à chaque instant,

Que votre vie est une pure œuvre d'Art .

 

Milaure

 

 

 

 

 

EXISTER

 

Exister !  Notre  seul devoir

Notre unique liberté :

Nul ne peut y surseoir

Sinon que de mal en crever.

 

Saint ou  salaud : fais comme tu veux,

Le bien, le mal, allez vas-y,

Blanc ou noir, choisis au mieux,

Sans trop te  trahir : mais agis ! 

 

 

Yann

 

 

 

L'ennui

 

Est-ce cette impression d'inutilité

Inutilité à soi-même

Inutilité à autrui.

 

L'ennui

Se laisser envahir par le froid

Le sentir monter en soi-même

Avoir les pieds comme figés dans la glace

Le sentir ressortir par les extrémités des mains

Elles-mêmes recroquevillées sur elles-mêmes

Incapables de se donner

Incapables de saluer

Sentir encore son corps rien que pour soi-même

Comme satisfait qu'une flamme réchauffe encore.

 

Cette flamme est devenue incapable de chaleur, de rayonnement

Elle ne brûle que pour elle-même

Sans volonté

Sans vie.

 

Si personne n'y prend garde

Telle la bougie de Noël

Elle va se consumer

Faiblir

Et s'éteindre.

La nuit tombera

Le froid régnera à nouveau.

 

L'ennui

C’est ne rencontrer personne

C’est conserver sa bougie de survie

Sans l'allumer à celle d'autrui.

 

L'ennui

C’est se vider de son énergie

Sans réagir

C’est admettre la fatalité comme guide

C’est admettre la mort

 

La mort sans espoir.       

 

Jacques

 

 

 

 

Bagages

 

 

Qu’y a-t-il dans vos soufflets

De cuir, de toile ou de Skaï,

Ballots, valises, sacs et paquets ?

La vie en lambeaux et en maille !

Dans les ports et dans les gares

Vous êtes là embarrassés

De nos  tracas et nos espoirs.

Nous vous laissons en plan, légers !

 

Témoins placides de nos querelles,

De nos lâchetés mesquines,

Vous tirez fort sur les bretelles

Qui nous scient cœur et poitrine.

Coquilles d’escargots vivaces

Qui, suaves,  rampent sur le passé,

Larves d’espoir, baveuses limaces

Glissant sur les rampes d’escaliers.

 

Chairs plus molles que nos fesses

Cuirs et sacoches vous gisez

Sur le macadam, gras des zestes

De citrons et d’amers regrets.

Quand altiers, pendus dans les filets,

Coincés mais libres de sentiments,

Noix de cocos  ensoleillées,

Vous nous voyez claquant des dents.

 

Et plus reptiles que tapis roulant

Vous vous mouvez par saccades

Droits et raides pour vous affaler

D’écailles et de caoutchouc fades.

Pris de profils  vous paraissez

Remplis d’espoirs, gonflés à bloc,

Si  nous vous bourrons d’effets

Pour partir à Ghent ou Bangkok

 

Quand la maladie insiste

Vous restez dans les armoires

A garder le passé en kyste

Les faits illustres et les victoires.

Fleurant sec la naphtaline,

Vous conservez les souvenirs

Qui, lentement, se ratatinent,

Se réinventent : ne pas périr !

 

Yann

 

 

CHIMERE BLEUE

 

Tu voles encore, j’en suis sûr

Robe bleue,

Une à une, le matin,  tu descends,

Les marches de granit dur,

Caressant  le rond de mes sens.

 

Roulent-ils  toujours tes cheveux

Robe bleue ?

Sur le col de lapin moucheté

Du manteau cintré rouge feu

Que j’aurais tant voulu toucher.

 

Tu habillais une Princesse

Robe bleue,

D’un taffetas très pur, bleu Marie

Ses cheveux noirs noués en tresse

Faisaient un  rêve d’Arménie

 

Moi, je voulais croiser ses yeux

Robe bleue,

A quinze ans naissait le désir

Mais comment faire, oh! mon dieu,

Pour masquer un pas qui chavire ?

 

 

Yann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PEUPLERAIE BLEUE

 

Sous la feuillée des peupliers

Passent des femmes en robe bleue

De belles filles couleur café

Aux reins souples et majestueux.

 

Des rêves naissent purs et francs

L’été éclot comme font les roses

Un rire éclate, blanc comme dent

Foin de l’automne, des pluies moroses !

 

Sur le goudron bien élastique

Dansent et voltigent dans le soir

Les mouches d’un pas magique

Dans le mirage d’un village touar !

 

Foulant la chaussée dans un mirage

Les hanches ânonnent le temps qui passe

Sous le toit bleu-plomb des nuages

Trois femmes vont avec leur nasse.

 

Sur le goudron bien élastique

Dansent et voltigent sur le noir

Les mouches d’un pas magique.

Trois femmes drapées de moire.

 

Mon âme s’étire comme un chat

Noir, au soleil de midi, serrant fort

Dans ses pattes, une pelote angora.

 

Sous la feuillée des peupliers

Passent des femmes en robe bleue,

S’écoulent les grains du sablier.

 

 

 Yann