Dès 600 ap J. C. les Indiens Mayas cultivent les premières plantations
de cacaoyers dans le Yucatan.
Au Xème siècle, les Toltèques immortalisèrent
le cacao au travers de légendes dont la plus célèbre
reste sans doute celle de leur roi sacré, jardinier du paradis,
nommé Quetzalcoatl, « Serpent à plumes ». Il leur
aurait enseigné la médecine, l’agronomie, les arts et surtout
la culture du cacaoyer. Cette boisson amer composée de cacao, de farine de maïs
et de poivre, servait d’offrande, de médicament ou encore d’aphrodisiaque. Il faut attendre le règne des Aztèques
pour avoir une connaissance plus concrète de la culture du cacahualt. En 1502, Christophe Colomb quitte Cadix pour son quatrième voyage vers
les Indes. Il arrive au mois de juillet vers l’île de Guanaja (maintenant
le Honduras) où sa caravelle est accostée par une barque
d’indigènes. Ces derniers lui offrent comme monnaie d’échange des
fèves
brunes, et lui font boire un breuvage étrange et épicé, qu’il ne trouve pas
à son goût.
Hernan Cortès se montrera plus intéressé que Colomb par les
possibilités offertes par le chocolat. Cortès ayant besoin d’argent pour assurer le quotidien
de ses hommes utilise le cacao comme monnaie. Puis, le vin se faisant
rare, les soldats furent bien obligés de s’habituer à cette
boisson « pour n’être pas toujours obligés à
boire de l’eau pure ». Afin d’en améliorer le goût, les espagnols ont
l’idée d’y ajouter du sucre, de la vanille puis
de la cannelle ou
de l’anis. Le chocolat aurait été introduit en Espagne en 1527,
en tant que médicament, fortifiant. Progressivement, ce nouveau produit de luxe va gagner les
Flandres, l’Italie (1606), l’Allemagne (1646) et l’Angleterre (1657). L’Infante d’Espagne Anne d’Autriche introduisit le chocolat en France par
son mariage avec Louis XIII. En 1661, Louis XIV épouse Marie-Thérèse
d’Autriche qui aurait eu deux passions: le roi et le chocolat. Le roi concéda à David Chaillou dès 1659, le privilège de «faire vendre
et débiter une certaine composition qui se nomme chocolat...soit
en liqueur ou pastilles ou en boettes ou en telle autre manière
qu’il lui plaira.». Le premier chocolatier
français s’installe
alors rue de l’Arbre-sec, à Paris.
A la fin du XVIIè siècle, les chocolats espagnols
et portugais sont supplantés par les français.
Le cacaoyer Cet arbre de taille moyenne, 4 à 6 mètres
de haut, pousse vers 600 mètres d’altitude. Sa culture nécessite
un environnement
tropical chaud et humide. Ses fleurs, blanches ou rosâtres, émergent
directement du tronc ou des grosses branches, pendant toute l’année.
Pourtant, le cacaoyer n’est pas un arbre extrêmement fertile. Les
graines de pollen ne sont viables que 48 heures, et la pollinisation ne
peut se faire que par des moucherons, aucun autre transmetteur n’étant
attiré par ces fleurs sans parfum. Une
fleur sur cent donne naissance à un fruit. La cabosse Ce fruit peut mesurer de 15 à 30 cm de long sur
7 à 10 cm de large. Sa couleur varie en fonction de l’espèce et de
la maturité. Elle est formée d’une carapace solide qui contient
une quarantaine de fèves noyées dans une pulpe blanche sucrée.
En moyenne, un cacaoyer produit 25 cabosses par an. Il
faut environ 20 cabosses pour
obtenir 1 kilo de fèves séchées.
Sa
classification botanique Il appartient à la famille des Sterculiacées,
de la tribu des Byttneriées et du genre Theobroma L. Les botanistes
des XVIIè et XVIIIè siècles A la fin du XVIè siècle et au début
du XVIIè siècle, les botanistes se trouvent face à
un problème important : décrire des plantes qu’ils n’ont
pas vues, mais dont les voyageurs rapportent descriptions et échantillons. Le botaniste Charles
De L’Escluse, dit Clusius, publie
en 1605 son livre Exoticorum
libri decem, dans lequel il rédige
une notice sur le cacao, basée sur les quelques fruits qu’il a
pu examiner ainsi que sur les écrits du voyageur milanais Girolamo
Benzoni qui parcourut l’Amérique entre 1542 et 1556. Son étude
ne porte pas sur l’arbre lui même dont il n’a pas pu se faire une
idée. Dans la seconde moitié du XVIIè siècle,
la mise en place d’une production massive de cacao pousssera les botanistes
à s’interresser à la plante d’un peu plus près. D. de Caylus,
ingénieur général des îles françaises
et terre-ferme d’Amérique s’est installé en Martinique pendant
une quinzaine d’années et a donc pu rédiger une Histoire
naturelle du cacao et du sucre en
1719.
D’après l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
Le chocolat est une pâte dure, seche, assez pesante,
formée en pain ou en rouleau, d’une couleur brune rougeâtre.
Pour la faire, il faut avoir du meilleur cacao; le torréfier; séparer
des amandes tout ce qui n’est pas leur chair; les éplucher soigneusement
de ce qu’il y a de gâter ou rance; les torréfier derechef;
les piler seches dans un mortier chaud, les écraser, les broyer
sur une pierre dure; les mettre en pâte bien douce; ajouter un peu
de sucre; & cela s’appellera le chocolat de santé.
L’autre chocolat est vanillé. Pour le vaniller, on
prend quatre livres de chocolat de santé qu’on remet sur la pierre
chaude; on y incorpore au rouleau trois livres de sucre fin; on broye,
on ajoute une poudre faite de dix-huit gousses de vanille, d’une dragme
& demie de canelle, de huit clous de gérofle, & deux grains
d’ambre-gris, si l’on veut. Le tout bien & laborieusement mélangé,
on le mettra ou en tablettes ou en pains, qu’on fera sécher &
durcir à l’étuve sur du papier blanc. Il faut que la pâte
soit bien lisse, avant que de la vaniller, & observer de ne la tenir
que très peu de temps vanillée sur la pierre chaude. D’après
le Dictionnaire
de Trévoux
CHOCOLATE : f.m. Confection, ou breuvage composé.
Chocolatum. On le boit chaud.( édition de 1704)
CHOCOLAT. f. m. Espèce de tablette composée de différens ingrédiens, dont la base est la noix de cacao, de laquelle on fait une confection ou breuvage. Chocolatum.( édition de 1771)
C’est sous la forme d’un médicament que le chocolat a fait son apparition en Europe. On l’utilisait
comme fortifiant ou comme aphrodisiaque. Bernard Diaz del Castillo, compagnon de voyage d’Hernan Cortès,
en parle en ces termes: « Lorsqu’on l’a bu, on peut voyager toute
une journée sans fatigue, et sans avoir besoin de nourriture. ».
Il précise également, que, quant au roi Montezuma, «
on lui présentait dans des coupes d’or fin un breuvage fait avec
du cacao qu’ils disaient avoir une vertu pour approcher les femmes. ».
La
définition du Dictionnaire
de Trévoux (édition
de 1771) pour le mot chocolat nous indique également quels étaient
les hommes intéressés
par les vertus du chocolat.
Dans la liste, outre les voyageurs curieux, figurent des médecins
comme René Moreau. En 1643, il a dédié au Cardinal
de Lyon, Grand Aumônier de France, l’ouvrage Du
chocolat, discours curieux divisé en quatre parties,
traduction du texte d’Antoine Colmenero de Ledesma, médecin et
chirurgien espagnol. Pour les médecins des xVIIè et XVIIIè
siècles, la santé dépend de l’équilibre des
humeurs, du climat corporel. Il existe des maladies sèches
ou humides, chaudes ou froides. Dans les Mémoires de Trévoux, en décembre 1705, un journaliste entreprend le résumé
du livre Avis salutaire à tout le monde contre l’abus des
choses chaudes et particulièrement du café, du chocolat
et du thé par Duncan. Voici ce qu’il en dit : « Il avance que
ce n’est pas à l’égard des seuls françois nez dans
les parties Méridionales de ce royaume, et refugiez dans les Etats
du Nord, que ce principe de Médecine est vrai, que c’est un principe
général, que la chaleur naturelle qui est le principe de
la vie, devient plus souvent la cause de la mort par son augmentation
que par sa diminution; que le caffé, le thé, le chocolat
sont des remèdes dont on peut user avec précaution; (...)
c’est exposer sa vie, que de faire de ces remèdes, un aliment ordinaire
». Un autre article de septembre 1706 entre dans les détails
: « Le sang lequel (...) n’est qu’une huile rouge et un soufre coulant,
est dans un danger continuel de s’enflammer si l’on augmente le feu par
l’abus du café, du thé, du chocolat, de l’eau de vie, et
d’autres liqueurs semblables; la boisson se mêlant plus avec le
sang que les alimens solides. ».
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