|
|
|
LA SECURITE SOCIALE FACE A LA BARBARIE PATRONALE
L’été 2004 risque d’être fatal à la Sécurité Sociale face à la barbarie patronale incarnée par le gouvernement CHIRAC-RAFFARIN. Un projet de réforme dans le droit fil de la "refondation sociale" du MEDEF sera mis en débat en avril prochain pour être finalisé et adopté – comme pour les retraites l’an dernier – au cours de l’été prochain. Bénies soient les vacances ! La discussion avec les "partenaires sociaux" a déjà débuté sur la base d’un rapport commandité par J.F MATTEI, établi par le Haut Conseil de l’Assurance maladie. Ce projet est l’aboutissement des assauts successifs du Patronat depuis plus de vingt ans, que les gouvernements "de gauche" n’ont en rien entravés quand ils n’ont pas été complices. Mais au-delà, cette réforme répond aux exigences de la mondialisation capitaliste et aux directives européennes d’harmonisation sociale par le bas. Sous les pressions du FMI qui pousse à la libéralisation totale des protections sociales, c’est la privatisation de la Sécurité Sociale et des prestations sanitaires qui est posée. Comme pour les retraites et le marché de l’emploi l’Allemagne et la France sont en pleine osmose avec la conception libérale de l’Europe. La réforme de la Sécurité Sociale que le gouvernement social-démocrate allemand a fait voter à l’automne dernier avec l’appui de la droite, présente les mêmes caractéristiques que le projet français : réduction des cotisations patronales, amputation des prestations, transfert des charges sur les assurés sociaux. Le projet de réforme Le projet – bien que non encore publié, élections régionales obligent ! – n’en est pas moins dévoilé dans ses grands traits à travers le rapport du Haut Conseil de l’Assurance maladie. Si certaines précautions de formule sont prises pour ne pas effrayer l’électeur, l’essentiel des fondements de la réforme y est. Bien entendu est mis en avant le déficit de la Sécurité Sociale (30 milliards d’€ cumulés depuis 2002). Les causes ? exonération des contributions patronales, baisse des impôts pour les plus fortunés, aggravation du chômage et de la précarité, baisse des salaires, taux de croissance au plus bas, investissements productifs en berne, délocalisations etc…autant de phénomènes réducteurs du financement de la protection sociale, mais dont on ne parle pas ! Depuis des lustres, les gouvernements successifs, de droite ou de "gauche", désignent les responsables : les assurés sociaux qui consomment trop, et les professionnels de santé qui prescrivent trop ! La démarche consiste donc à "responsabiliser" acteurs et consommateurs. Comme le gouvernement n’entend pas toucher aux intérêts capitalistes, alors il va falloir faire payer le bon peuple. Les pistes ouvertes au débat ; mais qui s’annoncent comme inéluctables si les masses populaires n’ont pas la capacité d’interférer, sont de plusieurs ordres :
Mobilisation contre le projet La mobilisation des travailleurs, des retraités et plus généralement des assurés sociaux sera décisive pour empêcher la destruction de notre système d’assurance maladie comme acquis social incomparable de la Libération. Pourtant le climat de sensibilisation des masses ne s’annonce pas si encourageant et pour cause ! Syndicats et organismes sociaux dont la mutualité qui se préparent à la négociation ne fixent aucune perspective d’action de masse pour imposer les reculs nécessaires au gouvernement et au Patronat. Pire sans doute, les premières impressions qui se dégagent de l’accueil qui est fait au rapport du Haut Conseil de l’Assurance maladie, incline à penser que des compromis réducteurs des droits des assurés sociaux sont en cours de marchandages. Mais est-ce si étonnant quand la gauche plurielle au Pouvoir (1997-2002) a assuré une continuité tranquille de la politique de droite identifiée aux projets du MEDEF ? Car le projet de réforme de la Sécurité Sociale qu’on nous présente aujourd’hui, comme la réforme sur les retraites il y a un an, ne sont rien d’autre qu’une actualisation à la mondialisation du Plan JUPPE de 1995. Faut-il rappeler que certaines organisations syndicales comme la CFTC, la CFDT aujourd’hui et la Mutualité Française combattirent farouchement aux côtés de la Droite politique, la loi Ambroise CROIZAT sur la Sécurité Sociale en 1945 ? Faut-il rappeler que l’on retrouve les mêmes organisations auxquelles s’était ralliée la CGT cette fois-ci, le 2 juin 1994, pour signer un communiqué commun soutenant le Plan JUPPE dans ce qu’il recelait de plus dangereux : la création d’un Régime Universel d’Assurance Maladie ? si, quelques jours plus tard, la CGT dut se désister de ce communiqué commun sous la pression des secteurs sociaux confédéraux, on peut vérifier aujourd’hui que ce n’était pas une erreur. Danger réel et imminent La Sécurité Sociale est face à un réel danger de liquidation au privé, pour faire place à un Régime Universel d’Assurance Maladie à l’anglo-saxonne : avec toutes conséquences sur l’hôpital et l’organisation de la médecine de ville, la distribution des soins. Droite et extrême droite poussent les feux au maximum comme elles l’ont fait avec succès pour les retraites l’an dernier. Alors que pour les retraites, des luttes sans précédent depuis 1968 ont pu être mise en échec à cause de la trahison des dirigeants syndicaux et des politiques, les travailleurs, avec leurs militants syndicalistes de base, doivent en tirer les enseignements. Une élévation des consciences pendant et après les luttes de mai-juin 2003 est nettement perceptible aujourd’hui, avec toutefois l’amertume de l’échec sur les retraites, la décentralisation, les acquis sociaux… La reprise de confiance doit s’opérer. Elle se forgera non pas en attendant les mots d’ordre exutoires des leaders nationaux, mais en organisant partout des Comités de lutte fédératifs des mouvements sociaux conduisant à la grève générale. Paris le 1er mars 2004 |