Intégration scolaire d'Augustin 7ans

L’INTEGRATION SCOLAIRE INDIVIDUELLE

C’est possible, en Isère.


A la demande de plusieurs parents, je reprends le clavier, pour expliquer les adaptations nécessaires à la scolarisation d’Augustin,
enfant autiste de 7 ans, en CE1 à temps complet en milieu ordinaire.
Car, la scolarisation individuelle est possible, même en Isère, avec quelques aménagements à adapter à chaque enfant.
Tout d’abord, les enseignants ne peuvent pas scolariser un enfant autiste sans un minimum d’informations et d’aide.
Alors, nous nous sommes formés à l’autisme, pour pouvoir donner le maximum d’informations aux instits.
Pour nous c’est toujours plus facile, car nous sommes les spécialistes d’Augustin, et il nous suffit de devenir des spécialistes de l’autisme d’Augustin.
Et même, cette année, nous avons offert aux enseignants de l’école, une demi-journée de formation (la municipalité du village où se trouve l’école,
nous a aidé, en nous prêtant gracieusement la salle).
Une excellente professionnelle est venue expliquer la spécificité de l’accueil et la scolarisation d’un enfant atteint d’autisme.
Eh oui, ça vous paraît beaucoup d’efforts ? Le reste va de pair, car si on s’arrête là, ce n’est pas suffisant !
Les enseignants savent qu’ils peuvent nous demander de l’aide, que nous sommes là pour faire équipe avec eux, afin de permettre à Augustin
d’être le mieux possible. Et nous, nous sommes aussi aidés par la psychologue spécialisée, l’orthophoniste, et tous les libéraux qui travaillent
avec nous.
Les enfants de la classe, connaissent Augustin depuis la petite section de maternelle, mais en grande section, nous avons dû venir leur
expliquer qu’Augustin était différent.
Différent, mais pas idiot (comme plusieurs CP commençaient à le dire).
Avec des mots simples, en partant beaucoup de leur constations sur le comportement d’Augustin, en ajoutant des dessins, nous leur avons
expliqué l’autisme.
Nous avions utilisé le Téléthon, en accord avec l’enseignante, pour amener les enfants à réfléchir sur les handicaps, et sur le handicap de leur copain.
Comme quoi, le Téléthon peut aussi servir pour nos autistes !
Depuis, les parents nous ont questionné, et sont devenus plus ouverts, plus tolérants, et sont même fiers de la tolérance de leurs enfants !
Pour écrire, (en CE1 on écrit déjà pas mal), Augustin a beaucoup de difficultés. Il écrit mal, gros, et cela lui demande des efforts surhumains.
Alors, dès qu’il faut faire de la production d’écrits, il utilise un ordinateur.
Là, il est à l’aise ! Ses copains n’en reviennent pas ! Il utilise ses dix doigts, comme une vraie dactylo !
(Il faut dire qu’il en a passé, des heures à apprendre le clavier, à la maison, tous les jours).
Comme beaucoup d’enfants atteints d’autisme, Augustin retient mieux ce qui voit, que ce qu’il entend.
Alors, il faut lui mettre des repères visuels (on appelle ça des supports visuels, dans notre jargon de spécialistes).
Du coup, les petites tête en l’air de la classe (car il y en a comme toujours et partout !), profitent de ces supports visuels,
pour se remettre au travail !
C’est bien pratique !
Augustin ayant appris à beaucoup travailler « à la table » (encore du jargon de spécialiste), il travaille sagement en classe.
C’est tellement plus simple de faire son travail plutôt que de ne pas savoir comment s’occuper !
Alors les autres, le voyant faire, travaillent aussi ! Bingo !
En plus, Augustin est passionné par la géographie, les sciences… et là encore, c’est motivant pour les enfants.
C’est à qui en saura autant que lui (si ce n’est plus) !
Mais… car il y a quelques mais…, comme Augustin n’est qu’un petit garçon de 7 ans, quand le travail se complique, c’est moins intéressant de travailler.
Alors, il faut le motiver.
Mais motiver un enfant atteint d’autisme, il faut savoir faire !
Travailler pour faire plaisir à l’instit, aux parents…inutile, ça ne fonctionne pas !
Travailler pour obtenir le droit de faire quelque chose qui lui plaît, là, c’est possible !
Alors, comme en ce moment Augustin aime bien dessiner, lorsqu’il a fini son travail, et que c’est bien fait, (sinon, il doit recommencer son travail)
il a le droit de dessiner. Parfois, il peut aussi regarder des livres, une autre récompense qu’il apprécie.
Et du coup, les autres aussi bénéficient de ces possibilités !
Pratique quand même, comme solution pour faire patienter les élèves très rapides !
Bien sûr, à la maison, il y a en parallèle, d’autres motivations, car il faut plus que des dessins et des livres pour qu’il ait envie de travailler tous
les jours même quand c’est difficile. Il gagne donc des cadeaux à la fin de certaines périodes, mais ça, c’est notre fonctionnement interne !
Des fois, malgré toute sa bonne volonté, c’est trop dur !
Il ne comprend pas ce qu’il faut faire, et reste là, sans rien faire.
Alors, sa petite voisine de bureau, qui est aussi son élève tutrice, essaye de l’aider.
Parfois, c’est suffisant pour que la situation se débloque, et Augustin fait son travail.
Mais (je l’avais bien dit qu’il y en avait plusieurs), notre petite tutrice oubliait de faire SON travail, préférant aider son copain.
Elle a failli perdre son poste !
Le drame ! « Non Maman, je te promets de travailler mieux, mais laisse-moi être la tutrice d’Augustin ! »
Et devant ses larmes et ses promesses, l’instituteur et la maman ont décidé de lui laisser son rôle.
Alors pour venir au secours de notre tutrice adorée, Augustin a eu un joli pictogramme (petit dessin) de dépanneuse (il est très « voitures » en ce moment),
sous lequel est écrit « j’ai besoin d’aide ».
Quand il est en panne, devant un travail trop difficile, il donne sa dépanneuse à sa tutrice, qui s’occupe
alors de l’aider, mais seulement lorsqu’il l’a ainsi sollicité.
Je précise ici, qu’Augustin est verbal, il parle bien, mais demander de l’aide est encore très très difficile oralement.
Avec le pictogramme, ça va mieux !
La récréation : une jungle pour nos enfants autistes !
Certains jours, la classe sort seule (il y a eu un décalage dans l’organisation du travail, par exemple).
Là, c’est génial, Augustin joue au foot avec les copains (là aussi, des heures d’entraînement à la maison, pour la plus grande joie de la maman ! ! !).
Il est donc gardien de but ! Les copains sont sympas, le ballon est en mousse et il en manque un morceau, du coup il ne roule pas trop vite, alors parfois, il arrête un but !
C’est l’explosion de joie, et comme les pros de la télé, il va taper dans la main des copains…
Mais (encore un ), la plupart du temps, il y a les deux classes de grands, dans la cour, en même temps, soit plus de 50 enfants.
Alors, les enseignants ont trouvé une super solution : Augustin a le droit de s’asseoir sur les marches de la bibliothèque, pour lire des revues de l’école.
Et du coup, certains enfants fatigués, qui n’ont pas envie de courir de partout, de crier…viennent le rejoindre, et regardent avec lui les revues.
Ils en parlent, tranquillement, sagement, et les instits savent que ce petit groupe est très calme, qu’il n’y aura pas de bêtise, ni de risque d’accident sur ces marches.
Pour le sport, il y a aussi quelques soucis.
Augustin a des difficultés motrices, il ne court pas bien vite, est malhabile, et surtout, il ne supporte pas qu’on l’encourage en criant, ou en le poussant.
Alors, il fait son parcours à côté des autres, bien tranquillement.
Parfois, selon l’activité, il peut travailler avec un autre enfant (tuteur éphémère), calmement.
Comme cette année, il y a eu 5 nouveaux élèves dans la classe de CE1-CE2, l’instituteur m’a demandé d’expliquer aux parents présents lors de la réunion de classe, le handicap d’Augustin.
A la suite de mon intervention, les parents des élèves qui connaissaient déjà Augustin depuis plusieurs années, ont précisé qu’il était facile de l’inviter aux anniversaires, qu’il était très gentil, et que leurs enfants l’appréciaient beaucoup (il est d’ailleurs invité à beaucoup d’anniversaires), et je n’ai entendu que des compliments sur ses progrès, son comportement.
Quel dommage de n’avoir pas filmé cette soirée !
Pour terminer, je voudrait dire qu’il reste encore un problème à résoudre. Le bruit !
Augustin a été hypersensible au bruit, maintenant, il l’est moins, mais le niveau sonore d’une classe de trente élèves est tout de même trop élevé pour lui.
De plus, le maître, et c’est bien naturel, est parfois obligé d’élever la voix pour reprendre la situation en main, ce qui agresse véritablement Augustin au niveau auditif.
Nous sommes en train de faire fabriquer des protections auditives adaptées aux oreilles d’Augustin. Cela devrait abaisser le niveau sonore de 40%, tout en laissant passer la voix.
Nous espérons que cette solution sera efficace.
En ce qui concerne le travail scolaire, Augustin est très soutenu à la maison, ce qui lui permet de suivre.
Nous investissons dans du matériel pédagogique adapté, très régulièrement, et nous n’hésitons pas à passer beaucoup de temps pour lui expliquer les notions de base.
A propos de matériel, nous avons fourni à l’école, un « timer ».
C’est une sorte de minuteur, dont le temps est visualisé en rouge.
Si l’enseignant donne un laps de temps par exemple de 10 minutes pour finir une activité, il met le timer sur 10.
Au bout de dix minutes, il n’y a plus de rouge, le temps est écoulé, l’enfant sait qu’il doit avoir fini son activité.
Ce timer est uniquement visuel, il ne sonne pas.
Là encore, c’est utile aux autres enfants, qui le regardent régulièrement pour savoir s’ils auront assez de temps pour finir leur travail.
Des pictogrammes sont aussi à dispositions d’Augustin et de son instituteur (« je regarde le maître quand il parle aux CE1 », « en classe, je suis sage »…).
Cela évite au maître de se répéter trop souvent, et il suffit qu’il montre le pictogramme, pour qu’Augustin sache ce qu’il faut faire.
Cela est moins utile lorsqu’il y a l’AVS.
Elle vient deux demi-journées par semaine pour aider Augustin. C’est peu, mais c’est mieux que rien, et quand elle est là, l’enseignant peut proposer du travail plus difficile.
Pour conclure, je dirais que la scolarisation d’un enfant atteint d’autisme est possible, souhaitable et même bénéfique à tous, et qu’une intégration réussie est le gage de la bonne qualité de l’école et de l’équipe enseignante.
C’est aussi pour la famille, la possibilité de retrouver une vie sociale normale.
Pour l’enfant atteint d’autisme, c’est une excellente possibilité de progresser, au contact d’enfants ordinaires, et d’arriver à intégrer la société.
Augustin arrive même aujourd’hui, a suivre des cours d’équitation, dans un centre équestre, qu’il a découvert avec l’école, lors du voyage scolaire de fin d’année dernière. Il est très heureux.
Et chaque jour, quand je le vois refermer le grand portail de l’école derrière lui, le sourire me vient aux lèvres, et je me dis « pourvu que ça dure ! ».
Je tiens à remercier tous les enfants, leurs parents, les enseignants, toute l’équipe qui nous soutient (orthophoniste, psychologue spécialisée, pédiatre, secrétaire de CCPE, psychologue et médecin scolaires…) et l’association de parents Envol Isère Autisme, pour tous ces jours de bonheur.
J’espère qu’il y aura de plus en plus d’enfants atteints d’autisme, scolarisés.


Sylvie.