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L'équipage du Viking

Ed:02/05/2006

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents sur cet événement  write5.gif (312 octets)

Un destin assez semblable devait frapper les 16 passagers du Wega partis le 15 décembre 1940 du port du Dourduff et les 15 passagers du Buhara , de la baie de la Fresnaye le 12 février 1941

 

 19 jeunes qui voulaient échapper au Service Travail Obligatoire embarquent sur le Viking du port de Saint-Quay-Portrieux le 5 avril 1943. pour rejoindre l'Angleterre.

 Ce projet naquit au sein du club "Saint-Quay Sports", entre les joueurs de football et les boxeurs. Joseph Le Hazif, Pierre Allenou et Jo Le Seven , les trois organisateurs de l'évasion se réunirent plusieurs fois en secret. En période de rationnement, chaque bateau avait une allocation de cinq litres par mois. Ils réussirent à stocker quatre-vingt litres d'essence dans la cale de l'embarcation pour la traversée.

Il fallait tenir compte du couvre-feu et des nombreuses patrouilles qui circulaient dans les rues désertes du port. Deux groupes sont constitués. Le premier devait partir depuis la maison de Jo le Seven. Le deuxième groupe partit de l'hôtel de la Comtesse que tenait les parents Delachoue. Chacun devait circuler en chaussons pour éviter de faire du bruit dans la nuit. 

Après avoir monter à bord l'eau et la nourriture le vendredi 2 avril. Une première tentative eut lieu le samedi 3 avril qui échoua, car le canot reposait sur la vase avec la marée descendante. Une nouvelle tentative eut lieu le dimanche soir. L'ancre du bateau fut levée avec retard, si bien que le canot s'échoit de nouveau sur le fond avec la marée descendante.

Le  départ eut lieu le lundi 5 avril 1943. Pierre Labbé, le seul marin confirmé refusa de partir au dernier moment. La plupart des jeunes gens n'avait jamais mis pied sur un bateau" André Fauchon avait bien accompagné son père pêcheur; Paul Leblanc avait fait Navale à l'école Saint-Charles de Saint-Brieuc, ainsi que l'école d'Hydrographie de Paimpol. Tous deux s'estimaient capables de faire naviguer le "Viking" jusqu'en Angleterre.  Pour ne pas attirer l'attention de la garnison allemande qui occupait le quartier du port, le "Viking" quitta le bassin, tiré par une plate manoeuvré à la godille. La jetée franchie, ils mirent en route un petit moteur équipé d'un silencieux pour prendre le large. Au démarrage du gros moteur, les sentinelles allemandes sautèrent sur leurs mitrailleuses, mais elles ne purent mettre en service leurs projecteurs, la résistance locale ayant coupé le secteur pour faciliter l'évasion. Cela n'empêcha pas les Allemands de mitrailler au hasard la mer  sans résultats.

Vers une heure du matin, les fugitifs aperçurent dans la nuit le faisceau lumineux d'un projecteur balayant les flots. C'était une vedette allemande envoyée à la recherche des fuyards. Toute la nuit , le canot fut secoué par une mer forte. Les jeunes gens étaient trempés et transis de froids, malades pour la plupart. Perdus en pleine mer, ils aperçurent une bande de terre à l'horizon. Ils se dirigèrent vers cette  côte inconnue. Vers cinq de l'après-midi, ils se trouvèrent devant une falaise.  Le tir d'un canon retentit plusieurs fois. Les occupants du  "Viking " hissèrent le pavillon français, espérant ainsi éviter d'être pris pour cible. Le bateau dépassa un phare inconnu. Il s'agissait du phare des Hanois, de Guernesey.  La nuit s'apprêtait à tomber. La nourriture était gâchée et l'essence allait bientôt manquer. Démoralisés, les jeunes gens décidèrent de s'échouer, quant une vedette des gardes-côtes allemandes les arraisonna. A ce moment précis, le moteur qui commençait à avoir des ratés, s'arrêta.

Ils furent emprisonnés  à la prison Saint-Pierre, une ancienne maison close, transformée en prison.  Au bout de huit jours, ils sont transférés par un transport de troupes allemand vers Saint-Malo, enchaînés à fond de cale, deux par deux, sans aucune possibilité de s'évader. Ils sont ensuite conduits à Saint-Brieuc pour être interrogés par la gestapo . Jo Le Seven et Pierre Labbé qui avaient participé aux préparatifs de l'expédition sont arrêtés à Saint-Quay-Portrieux.

Accusés par les Allemands de vouloir quitter le territoire et, par conséquent, de vouloir rejoindre des groupes armés ennemis, ces résistants sont classés «NN» en vertu des mesures répressives notifiées pour ces actes dans le décret Keitel de décembre 1941, mettant en place la procédure « Nacht und Nebel ».

Emprisonnés à Fresnes  et au Cherche-Midi, ils sont déportés de la gare de l'Est à Paris vers le SS Sonderlager Hinzert le 24 juin 1943. 24 prisonniers montent dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires pour le transport de détenus. Ils sont accrochés au Paris – Berlin. Arrivé à la gare de Trèves, le train fait une halte et les déportés «NN» doivent descendre et attendre un autre convoi ferroviaire à destination de Reinsfeld, dernier village avant le camp spécial d’Hinzert que les détenus rejoignent à pied. 22 sont arrêtés dans la même affaire d’arrestation.

Dans ce groupe, 15 hommes ne reviennent pas de déportation. Après environ quatre mois passés à Hinzert, ces «NN» sont envoyés à la prison de Wittlich puis au tribunal de Breslau, en Silésie, chargé des affaires «NN» venant de France. On ne dispose pas d’informations sur les jugements rendus.

Le 13 octobre 1944, tous sont transférés au KL Gross-Rosen en Pologne, à la suite d’une décision des Allemands d’abandonner la procédure «NN» et de remettre les déportés concernés dans des camps de concentration. Gross-Rosen est le dernier lieu de déportation pour 12 des 22 hommes qui meurent durant l’hiver 1944-1945 dans ce camp aux conditions de vie extrêmement difficiles. Par ailleurs 2 autres membres de ce groupe meurent au KL Bergen Belsen, venant du KL Gross-Rosen.

Certaines familles ont été particulièrement touchées par cette déportation. Ainsi, il n’est pas exceptionnel de voir 2 frères, ou un père et son fils, être déportés ensemble. Trois familles ont vécu d’une manière particulièrement tragique cette expérience : d’une part, les 3 frères Salaun décèdent à cinq jours d’intervalle au KL Gross Rosen, d’autre part, Joseph Le Seven et ses deux fils, décèdent aux KL Gross Rosen et Dora. Jean Allenou mourut des privations et des mauvais traitements. Son frère Auguste revint des camps, mais terriblement éprouvé ( Pierre le plus âgé des frères avait réussit à s'échapper et prit le maquis jusqu'à la Libération.)

 

Les membres de l'équipage du Viking déportés
Allenou Auguste, né le 11/9/1919 à Saint-Quay-Portrieux (22).. Lieux de déportation: Breslau, Gross-Rosen, Buchenwald. Libéré à Leipzig le 18/4/45.
Allenou Jean, né le 7/12/1922 à St-Quay-Portrieux (22). Lieux de déportation:Wilhelmshaven,  Breslau, Gross-Rosen. DCD le 27/12/1944 à Gross Rossen.
Barthélémy Louis, né le 15/5/1921 à Plouha (22). Lieux de déportation: . Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen, Dora. Revenu le 15/4/1945 de Dora.
Boyer Alfred. Né le 12/5/1919 à St-Quay-Portrieux (22). DCD le 5/1/1945 à Gross-Rosen.
Delachoue Roger. Né le 15/10/1922 à Pleven (22). Lieux de déportation: . Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen, Dachau, Buchenwald. Libéré le 11/4/1945 à Buchenwald.
Fauchon André, né le 7/12/1922 à Saint Quay-Portrieux. Lieux de déportation:  Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen. DCD  le 12 Décembre 1944 au camp de concentration de Gross-Rossen 
Gergaud Georges né le 30/03/1922. Lieux de déportation:  Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen. DCD le 30/12/1944 à Gross Rosen
Lannic André, né le 05/09/1912 à St-Quay-Portrieux (22). Lieux de déportation:  Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen, Bergen-Belsen. DCD le 17/01/1945 à Bergen-Belsen.
Leblanc Paul. Né en 1923.  Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen. DCD à Gross-Rosen.
Lehazif Joseph né le 20/05/1913 à Nantes (44). C'était le mécanicien attitré du bateau. Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen, Bergen-Belsen. DCD le 23/02/1945 à Bergen-Belsen.
Le Joncour (Raoul), né le 15 juin 1924 à Saint-Quay-Portrieux (22). Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen. Dcd le 17 novembre 1944 à Gross-Rosen (Pologne) (Source JO: 163-16/7/1994)
Le Seven (Henri, Louis), né le 17 août 1921 à Saint-Quay-Portrieux (22). Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen.  Dcd en 1945 à Gross-Rosen (Pologne) (Source JO: 285-9/12/1994)
Le Seven (Jacques), né le 28 octobre 1923 à Saint-Quay-Portrieux (22). Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen. Dcd en 1945 à Gross-Rosen (Pologne) (Source JO: 285-9/12/1994).
Lechaux Armand. né le 7/10/1920 à Iffendic (35).. Lieux de déportation:Brieg, Schweidnitz , Breslau, Gross-Rosen, Ravensbrück. Libéré le 30/4/1945 à Ravensbrück.
Lechaux Bernard. né le 21/12/1922 à Iffendic (22). Arrêté alors qu'il tentait de rejoindre l'Angleterre sur le Viking. Déporté NN, le 24 juin 1943 de Paris, gare de l'Est et arrivé à Hinzert le 25 juin 1943. Matricule 6845.Lieux de déportation:  Brieg, Schweidnitz, Gross-Rosen Dachau. Libéré le 29/4/1945 à Dachau.
Old Roger. Né le 24/08/1918 à Epernon (28). Lieux de déportation:Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rosen, Kaz,  Dachau. Libéré le 29/4/1945 à Dachau. 
Salaun (Emmanuel, Eugène, Marie), né le 16 novembre 1921 à Coadout (22). Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rosen. Dcd le 2 décembre 1944 à Gross-Rosen .
Salaun (Jean-François, Marie), né le 23 juin 1920 à Graces (22). Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rosen. Dcd le 7 décembre 1944 à Gross-Rosen (Pologne). (Source JO: 91-18/4/1998)
Sylvestre (Pierre, Joseph, Alexis), né le 10 mai 1920 à Saint-Quay-Portrieux (22). Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rosen. Dcd le 21 novembre 1944 à Gross-Rosen (Pologne).

 

Sources:
Mémorial national  des déportés
Petijean Mathieu. "Saint-Quay-Portrieux- A l'abri de la ronce bénie" Ed Jean-Pierre Bihr"

 

Les autres personnes arrêtées à terre et déportées
Labbé Pierre. né le 27/6/1893 à St-Quay-Portrieux (22). Il tenta de dissuader ses camarades de tenter cette traversée. C'était le seul marin du groupe. Lieux de déportation: . Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen. DCD le 15/11/1944 à Gross-Rosen.
Le Seven (Joseph, Marie), né le 2 mai 1897 à Saint-Quay-Portrieux (22). Lieux de déportation: Wilhelmshaven, Breslau, Gross-Rossen, Dora. Dcd le 24 février 1945 à Dora (All.)(Source JO: 285-9/12/1994)
La troisième personne n'a pas été identifiée

 

 

Pierre Allenou le plus âgé des frères Allenou avait participé aux préparatifs , n'avait pas embarqué sur le bateau. Pour échapper aux Allemands, il quitta Saint-Quay et pris le maquis jusqu'à la Libération

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